À Kara, difficile de parcourir les rues sans croiser une vendeuse de soja. Frit, grillé ou accompagné d’une sauce pimentée, cet aliment s’est imposé dans les habitudes de consommation.
Derrière cet engouement se cachent des raisons nutritionnelles, économiques et sociales qui éclairent le succès du soja auprès des Kabyè et d’autres habitants du Nord du Togo.
Dans les quartiers populaires comme aux abords des lieux de rassemblement, les vendeuses rivalisent de savoir-faire pour attirer les clients. Pour certains, c’est une collation entre amis. Pour d’autres, un accompagnement du repas ou une petite faim à calmer sans forcément dépenser beaucoup. Mais pourquoi le soja plaît-il autant ?
Le soja, un aliment nourrissant et accessible
L’une des premières explications réside dans sa valeur nutritionnelle. Riche en protéines végétales, le soja constitue une alternative intéressante à la viande et au poisson, dont le prix peut peser sur le budget de certains ménages. Il peut également être transformé en farine, en lait ou en fromage.
Une étude publiée en 2020 dans la revue Espace, Territoires, Sociétés et Santé, consacrée à la consommation de soja en milieu urbain au Togo, relève une présence importante des produits dérivés du soja dans les habitudes alimentaires à Kara et à Dapaong. Cette observation contribue à comprendre la place du soja dans les habitudes alimentaires du Nord, sans pour autant attribuer cette préférence aux seuls Kabyè.
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Manger à sa faim sans se ruiner
À Kara, le succès du soja tient aussi à son prix. Pour quelques centaines de francs CFA, les consommateurs peuvent obtenir une portion généreuse, parfois accompagnée de piment ou d’autres garnitures. À budget égal, certains y trouvent une solution plus accessible qu’une portion de viande, tout en profitant d’un aliment riche en protéines végétales.
Le soja devient ainsi une option intéressante pour les étudiants, les travailleurs et les personnes qui souhaitent calmer leur faim sans trop dépenser. Cette possibilité de manger à petit prix, tout en ayant le sentiment d’être rassasié, peut contribuer à fidéliser les clients et à expliquer la popularité des vendeuses de soja dans les rues de Kara.

Le goût, mais aussi le plaisir de partager
À Kara, l’appréciation du soja ne se limite pas à ses qualités nutritives. Doré dans l’huile, relevé de piment ou servi en brochettes, il se décline selon les goûts et les habitudes. Dans les espaces de restauration populaire, il accompagne parfois les boissons locales et les discussions entre amis. Autour d’une portion de soja et d’un verre de boisson locale, ces lieux deviennent aussi des espaces de rencontre et de convivialité.
Cet engouement représente également une source de revenus pour de nombreuses femmes. La transformation et la vente du soja permettent de développer de petites activités commerciales et de répondre à une demande quotidienne. À Kara, la présence de vendeuses dans les rues témoigne de cette place dans l’économie de proximité.
Au fond, si le soja a autant la cote auprès de nombreux consommateurs kabyè, c’est probablement parce qu’il réunit plusieurs avantages. Il nourrit, reste accessible, se partage et fait vivre des commerçantes.
À Kara, il suffit parfois de quelques pièces pour calmer une faim et de bonnes raisons pour revenir chez sa vendeuse préférée.
Sandrine TCHAMIE











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