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Sexualité : pourquoi attendre 18 ans pour en parler aux enfants ?
Sexualité : pourquoi attendre 18 ans pour en parler aux enfants ?

Sexualité : pourquoi attendre 18 ans pour en parler aux enfants ?

À quel âge faut-il commencer à parler de sexualité aux enfants ? Pour beaucoup de parents, la question reste délicate. Par peur d’en dire trop tôt, d’éveiller leur curiosité ou de remettre en cause certaines valeurs familiales, certains préfèrent attendre que l’enfant grandisse. Pourtant, parler de sexualité ne signifie pas parler de rapports sexuels.

Dès le plus jeune âge, il est possible d’aborder le corps, l’intimité, le consentement et le respect de soi et des autres, avec des mots adaptés à chaque étape de son développement. Parler de sexualité aux enfants ne signifie pas leur parler précocement de rapports sexuels. Il s’agit avant tout de leur apprendre à connaître leur corps, à en prendre soin, à reconnaître leurs limites et à respecter celles des autres.

Au Togo, où les tabous et les idées reçues entourent encore largement cette question, l’Éducation sexuelle complète (ESC) apparaît comme un moyen de prévenir les abus, les grossesses précoces, les infections sexuellement transmissibles et la désinformation.

Mais comment en parler avant 18 ans, sans brusquer l’enfant ni heurter les valeurs familiales et culturelles ?

Une confusion fréquente entre sexualité et rapport sexuel

Le premier obstacle à un dialogue constructif entre parents et enfants réside dans la confusion entre sexualité et rapports sexuels. « À chaque fois qu’on parle de sexualité, les gens pensent aux rapports sexuels. Or la sexualité est un concept qui va au-delà des rapports sexuels. C’est l’être humain en tant qu’être sexuel et ses relations avec les autres êtres sexuels de la société », dit Koffi Baka, coordinateur régional de l’ATBEF à Kara.

Dès la naissance, et même au moment de l’accouchement, lorsque la première question posée concerne le sexe du nouveau-né, l’individu est déjà identifié à travers son sexe. Pour l’expert, la question de savoir s’il faut en parler aux mineurs ne se pose donc pas. La réponse est oui, à condition de s’appuyer sur l’Éducation Sexuelle Complète (ESC), une démarche scientifique qui permet de transmettre des informations adaptées à l’âge et au contexte culturel de l’enfant.

Un apprentissage progressif adapté au développement de l’enfant

Cet apprentissage doit suivre le rythme de développement de l’enfant pour être efficace. Entre 2 et 5 ans, l’éducation porte essentiellement sur l’hygiène corporelle, la connaissance du corps et la notion de consentement, car « on ne peut pas dire à un enfant de 2 à 5 ans que le pénis sert à faire les rapports sexuels, mais on doit lui dire qu’il doit bien se doucher et que son organe génital lui appartient : personne ne peut le toucher sans son consentement. », explique le coordinateur régional de l’ATBEF à Kara.

Autour de 8 à 9 ans, l’accompagnement peut progressivement aborder les changements liés à la puberté, notamment l’apparition des menstruations chez les jeunes filles. L’objectif est de leur permettre de mieux comprendre leur corps et d’éviter qu’elles ne soient exposées à la désinformation ou à certaines croyances dangereuses.

À l’adolescence, vers 14 ou 15 ans, la sensibilisation peut s’élargir aux risques liés aux infections sexuellement transmissibles et aux grossesses précoces et non désirées. L’expert préconise alors une information complète, qui ne se limite pas à l’abstinence. « Si tu lui dis seulement l’abstinence, le jour où il va essayer une seule fois, il va continuer. On doit donner toutes les informations, en commençant par l’abstinence, mais aussi l’utilisation correcte du préservatif et les méthodes contraceptives », souligne-t-il.

Parler de sexualité sans oublier les réalités culturelles

Cette transmission doit également tenir compte des réalités locales et des valeurs culturelles. Pour Koffi Baka, certaines traditions peuvent contribuer à transmettre des repères sur la responsabilité, la maturité et les relations entre les jeunes, à l’image de certains rites comme Akpéma ou Evala en milieu kabyè. Les parents sont ainsi appelés à dépasser les préjugés et les jugements de valeur. Une interdiction stricte ou l’absence totale de dialogue peut pousser certains adolescents à chercher leurs réponses ailleurs, parfois auprès de sources peu fiables.

Offrir des repères clairs, parler du respect du corps, du consentement et des responsabilités, tout en adaptant le discours à l’âge et au niveau de maturité de l’enfant, peut faire de l’éducation sexuelle un véritable outil de protection et de responsabilisation pour les adultes de demain.

Magnim MALAZOUE